Le collectionneur français Alain-Dominique Perrin (68 ans), à la tête du groupe Richemont depuis 1999 et président de la Fondation Cartier pour l’art contemporain, s’est installé sans faire de bruit en Valais il y a trois ans. Il a déplacé une partie de ses collections (dont beaucoup de César) dans une maison rénovée au cœur de Martigny, faisant un clin d’œil discret à la Fondation Gianadda non loin de là.
Figure incontournable de l’art en France, aux côté de François Pinault ou de Bernard Arnault, Alain-Dominique Perrin fait depuis de fréquents séjours en Valais et en Suisse. Mais cette année, contrairement à son habitude, il ne s’est pas rendu à Art Basel. A l’occasion d’une soirée thématique sur l’art contemporain, tenue à l’espace de la Ferme Asile à Sion jeudi dernier, il a fait part d’une certaine lassitude : « J’ai longtemps été un rat de foires, mais l’aspect foire a pris trop d’importance au détriment de l’art. Le marché est devenu dangereux avec des exemples tout à fait discutables comme celui de l’artiste anglais Damien Hirst, devenu un artiste de marketing. »
Le contexte de crise frappant la bourse ou l’immobilier n’est pas étranger au phénomène : « Le grand capital s’est retourné vers l’art ». Les années 2000 ont été marquées par l’évolution d’un marché essentiellement spéculatif où les prix ont augmenté en moyenne de 800 % ! Certes les années 2008 et 2009 ont marqué un temps d’arrêt, mais les transactions restent élevées : « Je parie sur un écroulement du marché dans les 24 prochains mois, déclare le collectionneur. Que ce soit pour l’art moderne ou contemporain. Tout ce qui s’est vendu ou se vend encore à plus de 100 000 euros sera touché. C’est une bonne chose, un réajustement nécessaire. »
Une collection éclectique
Cela dit, Alain-Dominique Perrin, qui possède environ 1200 œuvres achetées ces quarante dernières années, estime que l’art contemporain se porte bien avec son temps. Il avoue fonctionner par coup de cœur, d’où une collection éclectique. Dans sa maison valaisanne, aux côtés d’une immense voiture noire écrasée de César, on trouve du minimalisme américain, du nouveau réalisme de la figuration libre et même de l’arte povera. Au-delà du grand souk artistico-financier, il implore de « remettre les pieds sur terre. » Pour lui, « l’art contemporain est tout à fait abordable. Comparé à l’art d’autres époques, il est bien plus accessible. »
Enfin, tout dépend des moyens. Lui-même se considère comme prudent : « Je n’achète pas d’œuvres chères. Dès qu’elles sont chères elles sont consacrées et ne m’intéressent plus. Ce n’est pas quelqu’un comme moi qui fait le marché. J’estime un prix convenable jusqu’à 150 000 francs pour une œuvre. Plus haut je ne vais pas. » Il faut dire que l’homme a d’autres passions tout aussi nobles : les vins de Cahors, les voitures, les voiliers et une nouvelle marotte… le camping haut standing. Sans doute pour voir les étoiles.
La soirée « café-philo » organisée par la Ferme Asile s’est déroulée dans le cadre de l’exposition Annelies Strba (jusqu’au 25 juillet). Le directeur du Musée des Beaux-Arts de Lausanne Bernard Fibicher était également présent. Une centaine de personnes avaient fait le déplacement pour débattre de l’art contemporain d’aujourd’hui. Entre adhésion et rejet, les avis étaient très partagés.


