Le Corbusier 1/4

lundi 25 janvier 2010, par les-autres.ch

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Charles-Édouard Jeanneret Gris, mieux connu sous le pseudonyme Le Corbusier, né le 6 octobre 1887 à la Chaux-de-Fonds et mort le 27 août 1964 à Roquebrune-Capmartin (en France). Il était architecte, urbaniste, décorateur, peintre et homme de lettres de nationalité suisse, naturalisé français en 1930.

Ce hors-série proposé par les-autres offre des regards décalés et personnels sur l’oeuvre et la personnalité de Le Corbusier. Ce grand architecte symbolize pour nous la créativité des montagnes neuchâteloises et l’ailleurs. L’altérité sans cesse renouvelée en lignes, en plans, en bâtiments, en secteurs. Ni éloges, ni critiques hâtives, juste un espace, un joli prétexte d’interrogations multiples.

Premier volet avec Boris Évard, architecte à la Chaux-de-Fonds, qui évoque Chandigarh en Inde, qu’il a découvert cet été avec le projet tentative www.chandigarh.ch.

Fragments d’entretien

Cela peut paraître paradoxal dans un hors-série consacré à Le Corbusier, mais je vais surtout signaler le rôle énorme joué par son cousin Pierre Jeanneret dans la création de Chandigarh. Ces deux hommes s’étaient brouillés dans les années 1940. Pour Le Corbusier un projet devait être réalisé quel que soit le mandat et cela dans ces pires travers, puisqu’il a même habité Vichy. Pierre Jeanneret, lui, était d’une probité totale et ne comprenait pas le comportement de Le Corbusier.

En 1951 pourtant Le Corbusier va aller chercher Jeanneret pour réaliser le projet de Chandigarh. Ils composeront un duo parfait dirigeant une excellente équipe avec des architectes anglais et indiens. Ils ont mis sur pied une idée révolutionnaire, Un ensemble de dynamiques horizontales qui frisent la brutalité. On ne trouve aucun élément de signalétique verticale, ce qui peut être déstabilisant.

Pierre Jeanneret a résidé en Inde pendant quatorze ans. Il a prouvé qu’il n’était pas seulement un grand architecte d’opération mais aussi un créateur très intimiste comme en témoigne la chapelle dédiée à Gandhi. De la poésie pure.

Pour moi, Chandigarh est une réussite urbanistique et sociale. Nehru était plus qu’un mandataire, c’était un sage. Le Corbusier a pu s’entendre avec les indiens, même si parfois les travaux n’étaient pas bien payés.

La ville semble victime de son succès, elle avait été prévue pour 500’000 habitants, aujourd’hui plus d’un million de personnes y vivent. Chandigarh compte le taux d’alphabétisation le plus élevé d’Inde.

C’est un laboratoire à grande échelle, évidemment tout ne fonctionne pas dans un laboratoire. Certains paramètres ont été idéalisés, par exemple les vents ne permettent pas de climatiser les appartements. Mais on a construit une ville entièrement avec des exigences que l’on ne retrouve pas ailleurs, même à Brasilia.

Que feraient les Suisses si on leur demandait de réaliser une ville de A à Z ?

L’autonomie de chaque secteur à Chandigarh est passionnante, surtout lorsque l’on se souvient que Le Corbusier a tant houspillé la trame octogonale de la Chaux-de-Fonds. Se pose maintenant la question de l’avenir de la ville avec l’urbanisation un peu folle des faubourgs qui créent des bidons-villes. Il paraît indispensable qu’elle obtienne une inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO. C’est la quintessence de l’union entre architecture et urbanisme.

Je suis très content que les aspects utilitaires aujourd’hui encore priment, que cela ne soit pas devenu un musée, c’est un outil de travail avant tout.

De Pierre Jeanneret, il faut aussi dire qu’il est le créateur d’un mobilier exceptionnel de simplicité. Il a utilisé des matériaux comme le tek qui ne peuvent pas être attaqué par la vermine. Un mobilier en phase avec l’utilisateur, sans appareils décoratifs. Je pense notamment à ces pieds de fauteuils en V. Pierre Jeanneret était un homme de terrain, accessible qui savait transcender les idées, malgré de nombreuses difficultés. Imaginez-vous il ne parlait pas anglais… Il était attentif à l’être humain. Rien à voir avec la fierté et le cynisme de Le Corbusier. Mais Chandigarh existe grâce à cette paire unique d’architectes.

Pour moi ce voyage à Chandigarh aura été un retour aux sources de l’architecture, une ode à la sensibilité.

Tout architecte devrait voir Chandigarh.

Après un choc pareil on sait que l’on a rien inventé et qu’il faut se contenter de rester très à l’écoute de nos clients.

La suite de ce hors-série sur Le Corbusier à découvrir prochainement sur www.les-autres.ch et sur Valais-mag.ch.

Une proposition d’Alexandre Caldara, poète et journaliste.
Collaboration artistique d’Éléonore Richard, graphiste et chorégraphe (leoki.ch).

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