Hors-Série

Le corbusier 2/4

mercredi 10 février 2010, par les-autres.ch

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Charles-Edouard Jeanneret Gris, mieux connu sous le pseudonyme, le Corbusier, né le 6 octobre 1887 à la chaux-de-fonds et mort le 27 août 1964 à roquebrune-capmartin(en france). Il était architecte, urbaniste, décorateur, peintre et homme de lettres de nationalité suisse, naturalisé français en 1930.

Ce hors série proposé par les-autres offre des regards décalés et personnels sur l’oeuvre et la personnalité de le corbusier. Ce grand architecte symbolise pour nous la créativité des montagnes neuchâteloises et l’ailleurs. L’altérité sans cesse renouvelée en lignes, en plans, en bâtiments, en secteurs. Ni éloges, ni critiques hâtives, juste un espace, un joli prétexte d’interrogations multiples.

Deuxième volet avec Kyung Roh Bannwart (www.kyungrohbannwart.info) et Anthony Bannwart (http://hontoban.over-blog.org) artistes visuels qui avaient mis sur pied en 2006 l’exposition « à ses parents - variations autour de le corbusier ». Trois ans après, ils reviennent sur ce projet et plus globalement évoquent comment un artiste se réapproprie une figure de l’histoire de l’art, ce qu’il peut en faire…

Fragments d’entretien

anthony Bannwart : je suis chaux-de-fonnier et le Corbusier fait partie de ma ville, il avait dessiné la maison blanche pour ses parents. Il nous offrait la possibilité de ré-fléchir à une oeuvre d’archive, un tableau conceptuel en mouvement avec des acteurs d’ailleurs et d’autres disciplines, de partir du concret pour expliquer l’abstrait. Les architectes comprennent très bien les mélanges d’éléments hétérogènes.
« La théorie du don » de marcel mauss nous permettait d’éclairer la relation entre le corbusier, ses parents et la ville de la chaux-de-fonds sur le modèle suivant : donner-recevoir-rendre.

J’habitais à londres et lorsque je suis revenu j’avais l’impression de retrouver un grenier qui comporte des objets incroyables et des pièces plus difficiles qui réactivent la mélancolie. À un moment, j’avais l’impression que tout le monde devait être fier de venir de la chaux-de-fonds que c’était une mode, alors que c’est une ville qui se vit avec et à travers ses habitants, moi je ne la visite qu’avec des étrangers.

Ce qui nous importait était de trouver des langages sociologiques et ethnologiques pour évoquer la ville. J’ai eu la possibilité de partir pour étudier ailleurs alors pourquoi s’obstiner à revenir ou commencer un nouveau cycle ? Tout cela va bien au-delà de la chaux-de-fonds et de le Corbusier.

On a même joué avec lui en organisant une table ronde où on se demandait « à qui profite le Corbusier ? » L’anthropologue du religieux alain monnier avait évoqué les indiens d’amazonie, il se demandait comment manger cet esprit, ce cerveau, cette chair. On posait des questions telles que : « la chaux-de-fonds est-elle en train de rapatrier le Corbu au berceau en l’érigeant en ancêtre bienfaisant apte à mener la ville vers un nouveau destin dans lequel le patrimoine jouerait un rôle majeur en termes d’images et d’urbanité ? »

On ne voulait pas parler frontalement de son exil volontaire ou de la période de vichy. mais en choisissant d’exposer un maximum de femmes et en faisant participer Louise Bourgeois comme une mère artiste, on adressait un clin d’oeil à le corbusier et à son rapport avec les femmes. En faisant venir la famille gershwin pour un concert à la villa turque, on questionnait aussi le rapport à l’exil et la question juive.

Kyung Roh-Bannwart : en tant que coréenne et plus globalement comme étrangère qui débarque à la chaux-de-fonds ce qui m’intéressait c’était les questions qui touchent tout le monde, les relations entre les parents et les enfants.

Nos petites histoires.

Je n’ai pas trouvé que la maison blanche était belle, je n’y ai pas cherché les traces de l’ambition ou du potentiel de le corbusier. je ne venais pas découvrir une célébrité de l’architecture. J’ai vu cette maison comme une photo d’enfance, une preuve tangible, un timbre. Je me suis préoccupée des échos que cela pouvait fournir aux autres artistes. Par exemple la vidéo « missing meilich » de Dalia Neis montre le pèlerinage de cette artiste en Pologne à la recherche d’un oncle disparu. Elle met en avant les restes d’une présence spirituelle et spectrale d’un monde qui n’existe plus.

J’ai choisi de montrer « bicyclette avec roues supportées » pas comme une preuve du passé mais comme le vestige de la présence de mon père. J’offrais au spectateur le souvenir de la dépendance et de la révélation de l’indépendance face à ses propres parents.

La suite du hors série sur le Corbusier à découvrir sur www.les-autres.ch.
Une proposition d’Alexandre Caldara, poète et journaliste.
Collaboration artistique d’Eléonore Richard, graphiste et chorégraphe (leoki.ch).

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