La Ferme-Asile montre ses ambitions

vendredi 15 janvier 2010, par Eric Felley

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Avec l’exposition d’Alexandre Joly, la Ferme-Asile de Sion s’inscrit d’emblée dans un art contemporain affirmé et entend bien jouer dans la cour des grands.

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« Paysage transvasé »
Les visiteurs sont accueillis par le totem blanc qui semble garder la porte de la forêt magique.

L’habitué des lieux ne sera pas troublé. Les poutres, le sol, l’estrade, l’odeur, tout y est presque comme avant. La rénovation est dans l’enveloppe du bâtiment, où l’on gagne quelques degrés de chaleur. Par le hasard du calendrier, la première exposition dans l’espace rénové de la Ferme-Asile d’Alexandre Joly (1977) se déroule en même temps que celle du maître contemporain français Christian Boltanski (1944), actuellement au Grand Palais à Paris. Le timing est parfait. Sur le plan formel, les deux artistes, à une génération de distance, font partie de la même famille, de la même généalogie de créateurs « installateurs » Entre les deux, la comparaison s’arrête cependant au contenu. Les cinq installations d’Alexandre Joly présentées à Sion surgissent d’une rêverie toute personnelle, d’une « mythologie individuelle », selon le terme consacré par l’histoire récente de l’art.

On y trouve un totem géant en fourrure blanche sur des sortes de nénuphars remplis de verreries, une forêt de 85 sapins (des vrais), posés ou suspendus, mouvants, habités de cris ou d’imprévisibles vols d’oiseaux, un bassin à la surface plastique qui frémit dans la nuit et enfin une paroi murale avec des pastilles qui diffusent des sons électroniques. J’allais oublier trois peaux de vaches magnifiquement tannées, lustrées et bombées d’un grand effet. Une impression de land art d’intérieur vient à l’esprit.

L’iconographie renvoie assurément au monde de l’enfance. L’ensemble est plongé dans un jeu de lumières clair-obscur, où l’on passe en quelque sorte d’un tableau ou d’une scène à l’autre, dans un univers qui compte peu de couleurs, hormis le vert des sapins, encore que plongé dans la nuit. Les œuvres provoquent un effet saisissant par leur grandeur, leur minutie, leur rigueur, leur froideur presque. Le geste de l’artiste est à la fois complexe dans la fabrication des installations, mais simple et homogène dans son résultat. C’est là sans doute sa force et son émotion. Dans ce type d’art contemporain, il est parfois difficile d’aller au-delà du descriptif, de sortir du champ de l’objectivité sans prendre le risque de n’avoir pas bien compris. Alexandre Joly ne semble toutefois pas donner « à comprendre », mais plutôt à voir, à sentir et à s’évader dans son monde ou celui qu’on veut bien s’imaginer à partir de là.

Pour la Ferme-Asile, cette première a valeur d’indication sur le sens du vent de la création contemporaine qu’elle entend mettre en valeur. Selon ses termes, elle « se positionne désormais comme un des lieux phares de la création visuelle en Suisse romande et en Suisse. » Dans cette optique, ce premier pari annonce la couleur et place haut la barre. (L’institution devrait toutefois revoir certains détails dans l’accueil, les accès, la chasse aux courants d’air dans l’entrée, bref dans les finitions qui amélioreraient son cadre général, sans trahir l’esprit du lieu.)

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