Un corps nu étendu dans le noir, seulement une imperceptible respiration. Dans un dernier soupir, il bascule sur le côté et tombe dans une eau sombre. Le mouvement est hyper-sensuel, cette unique action intrigante, désirée, attendue. Un autre corps apparaît. Seulement sa respiration. Puis sa chute. Et la chute du suivant, à l’infini.
L’installation vidéo de Marie-Noële Guex aux Halles de Sierre, Liminal Space, s’inspire du passage de la vie à la mort. Un instant fugitif, presque imperceptible. Contre le mur, il y a trois projections de corps. Des bancs permettent au visiteur de choisir celui qu’il souhaite observer, en face à face, pendant que les mouvements des deux autres sont perçus du coin de l’œil. C’est un ordinateur qui détermine de manière aléatoire l’instant des chutes.
Au-delà du questionnement sur la mort, la performance plonge le spectateur dans un état d’observation méditative, dans l’attente. Après quelques plongées dans l’eau, c’est presque en transe que l’on reste sur son banc. La chute appelle la chute. Le corps complètement détendu se laisse choir avec volupté avant de disparaître, englouti.
Marie-Noële Guex montre des vrais corps, de vrais seins, de vrais ventres. C’est en les regardant que l’on est frappé de l’abîme qui sépare les corps qui peuplent nos rues de ceux que l’on habite en réalité. On avait presque oublié à quel point les premiers nous formatent.
Ces chairs vraies qui chutent dans une eau noire symbolisant la mort, nous font redécouvrir qu’un corps est aussi beau pour ses défauts, qu’il est sensuel pour sa fragilité, qu’il est attirant parce qu’il est vivant, périssable, imparfait et profondément humain. Parler de la mort, c’est forcément dire quelque chose de notre société qui l’occulte. Parler de la fin, c’est obligatoirement sous-entendre la réalité d’une chair promise à la putréfaction. L’expérience proposée s’élargit malgré elle. Elle est un miroir, qui nous renvoie à notre propre corps, à son aspect aujourd’hui et à sa prochaine disparition.
Liminal Space est le deuxième volet d’une série sur le temps intitulée « continuum ».
Vidéaste indépendante depuis 1999, elle est co-fondatrice du studio théâtre Interface où elle a travaillé jusqu’en 2002, avant de poursuivre sa formation aux Etats-Unis. Elle est de retour en Suisse depuis 2009.


