Elle aurait pu avoir différents titres. Finalement c’est le thème du jeu qui a été retenu au Manoir de Martigny pour cette exposition collective d’une nouvelle génération d’artistes contemporains. La manifestation, ainsi que le catalogue imprimé pour l’occasion, ont été pensés et conçus par l’historienne d’art et journaliste Véronique Ribordy.
Les artistes invités ont entre 35 et 45 ans et sont établis en Suisse, tout en représentant un métissage international. Ils s’expriment avec des moyens très divers et avec une intensité aussi très variées. L’art contemporain postulant une grande liberté d’action et d’ambition, il y a autant d’œuvres qu’il y a d’artistes. Mais on y voyage souvent dans le recyclage, le référentiel, l’expérimental, le concept rare, l’inachevé, l’éphémère, l’anecdotique et l’objet emblématique qui est devenu presque ces dernières années l’aboutissement ou la convergence de nombreux artistes plus largement reconnus.
Dans cette dernière optique le Manoir présente des œuvres de Vincent Kohler, dont une variante géante du Rubik’s Cube en résine avec seulement un élément par face, ainsi qu’une œuvre du Gentil Garçon consacrée à l’apesanteur (Newton 2007, la boule rouge de l’affiche). L’artiste valaisanne montante Delphine Reist opte pour une installation d’inspiration dadaïste avec des mirlitons bruyants et une soufflerie minutée. Sandrine Pelletier détourne des techniques traditionnelles comme la broderie et la céramique pour des représentations simple (cerceaux, tuyau). Le déjà connu Berclaz de Sierre présente « Les Dormantes », des photos de visages d’enfants endormis collées sous les plafonds en référence à des chérubins. D’autres, comme le peintre Marc Elsener, la japonaise Keiko Machida ou le zurichois Stéphane Zaech n’ont pas abandonné la toile et le châssis pour des univers picturaux, dont les points communs seraient le naïf ou l’étrange.
Vu la diversité des œuvres présentées, il est difficile que l’exposition fasse l’unanimité, mais le visiteur a tout loisir de picorer et d’explorer plus loin l’œuvre de tel ou telle. En ce sens, le Manoir présente une vitrine d’un art contemporain décomplexé, parfois un peu trop, qui cède ci et là à la facilité, la redite ou l’ordinaire. Encore que ces postures soient tout à fait défendables ou revendiquées par leurs auteurs.



