Au bout de ses rêves

dimanche 20 décembre 2009, par Marie Parvex

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De pilote de brousse à pilote de jet privé, Jean-Claude Rudaz a tout volé. Il en a surtout profité pour apprendre de ses semblables autour du monde qu’ils soient Congolais, Coréens, Tchadiens, Australiens… Aujourd’hui il raconte son tour du monde dans un livre. Portrait d’un être humain hors du commun et pourtant si discret.

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Jean-Claude Rudaz
Crédit photo : Valais-mag.ch

« Il faut poursuivre ses rêves, parce qu’on ne vit pas deux cents ans ». Jean-Claude Rudaz n’a jamais renoncé aux siens. Il a accepté parfois de faire un détour au cours du chemin comme une concession à la réalité. C’est tout.

Son premier rêve, c’était d’être pilote de Formule 1. Il investit tout l’héritage maternel dans l’achat d’une voiture. Il gravit les échelons et joue très vite dans la cour des grands. Un accident détruira son véhicule et mettra ainsi fin à son aventure.

Sans peur

Mais le jeune homme ne se laisse pas abattre. Avec le peu d’argent qu’il lui reste, il achète un billet aller simple pour le Congo. « Pourquoi le Congo ? Je ne sais toujours pas. » Il veut juste partir loin de ce Valais où désormais on le regarde comme un prince déchu. « Plus on était haut sur le perchoir, plus la chute est rude. Le regard des gens est difficile… » Il travaillera dans le transport, puis apprendra le maniement d’un avion. Pilote de brousse, kidnappé par les rebelles puis pilote du dictateur Mobutu, puis pilote pour le CICR… Jean-Claude Rudaz a toujours fait des choix comme s’il n’avait peur de rien. « On n’a pas le temps d’avoir peur. Je suis monté dans une voiture qui n’a pas de marche arrière. » Toujours aller de l’avant, rebondir, ne pas s’apesantir sur un problème mais exposer sa solution. Persévérant, discipliné. Il tombe littéralement amoureux de l’aviation. Aujourd’hui encore, il pilote un jet au départ de Genève.

Humain parmi ses semblables

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Jean-Claude Rudaz a construit en miniature tous les avions avec lesquels il a volé… Ils sont disposés dans une vitrine à l’entrée de sa maison. Si sa voiture n’a pas de marche arrière, le pilote prend bien soin de ses souvenirs.Crédit photo : Valais-mag.ch

De ses aventures autour du monde, il a fait un livre. Ses pérégrinations d’aviateur occupent le devant de la scène mais pas que. Comme l’homme intelligent qu’il est, Jean-Claude Rudaz est curieux. Dans tous les pays qu’il a parcouru, il s’est intéressé à la culture, la politique, l’économie, les religions. Une attitude qui lui a permis plus d’une fois de résoudre une situation tendue. « J’avais envie de faire découvrir d’autres races, d’autres religions. Ici, avec les montagnes, c’est un peu fermé. » L’homme cherche à comprendre ces êtres humains « qui quelle que soit leur couleur ont les mêmes sentiments que nous face à une naissance ou face à la mort ».

La dernière votation sur les minarets le laisse pantois. « On n’a pas beaucoup changé en cinquante ans. Quand j’étais à l’école, l’instituteur nous désignait les protestants du doigt, nous rappelant qu’on ne pouvait pas se marier avec eux. » Il parvient à comprendre le mode de vie des Africains comme celui des Asiatiques. Le seul coin du monde où il ne réussit pas à s’adapter, c’est… la Suisse alémanique !

Philosophe près des étoiles

D’autres passages de son livre sont carrément philosophiques : seul face au ciel étoilé, aux commandes d’un boeing, le pilote Rudaz cherche à comprendre le sens de sa vie et de l’univers en scrutant les étoiles. Son visage, aujourd’hui buriné, dit la fatigue mais aussi la profondeur d’un homme qui s’est forgé au contact d’un monde étranger, en guerre, en souffrance. Il nous livre ses réflexions, ses croyances, son désarroi aussi face à des situations politiques inextricables. Mais il reste complètement muet sur sa vie privée. Sa femme qui l’a suivi partout dans ce tour du monde n’est citée que de rares fois. « Et bien, si ma femme veut raconter ses aventures, elle peut prendre son crayon et les écrire », explique-t-il. Discret et pudique, deux mots qui collent à sa peau.

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Jean-Claude Rudaz a conservé précieusement toutes les coupures jaunies qui relatent sa gloire de pilote de F1. Il reçoit encore aujourd’hui des courriers lui demandant des autographes…Crédit photo : Valais-mag.ch

« Tour du monde en 24’000 heures de vol » n’est pas un grand moment littéraire, ce n’est pas son propos. Mais c’est un grand moment d’humanité. À l’heure où quantité de gens souffrent de la crise économique, perdent leur emploi, la vie de Jean-Claude Rudaz résonne comme un exemple de sagesse, d’intelligence et de lucidité. Elle donne l’énergie du combat. « Le courage m’est toujours venu naturellement. Je n’ai jamais eu envie de rester planter là à ne rien foutre. » L’honnêteté et le respect de la parole donnée sont les valeurs qui l’ont construit. Il y reste fidèle, « ça fait partie du caractère montagnard. Je n’ai jamais fait de tri en fonction de la classe sociale des gens, par contre un branleur, quel que soit son rang, n’a rien à faire parmi mes fréquentations ». Et sous ses airs de rude valaisan, le pilote Rudaz a le cœur incroyablement généreux.

Le Tour du Monde en 24’000 heures de vol, Jean-Claude Rudaz, Éditions Favre SA.

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