« Aube bouche bée » est un poème tiré de la seconde section, Ventre des limbes, du recueil de Virgile Elias Gehrig est paru à l’Age d’Homme sous le titre « Par la serrure du jour ».
Perchées aux branches basses
des amandiers passés
cloîtrées dans l’or des nuits
les mésanges ont gelé
De leurs prunelles noires suintent des pleurs
ensanglantés
leurs plumes blanches
tout en tombant miroitent
comme des astres décadents
Tous les chants qu’elles vomissent
sont d’insensés sonnets
les désirs qu’elles nourrissent
finissent dévorés
bouffés par la vermine
Avec nervosité leurs pattes encore
se ratatinent
et dans leur gorge
l’absence
sans l’ombre d’un écho
On dirait des pendus des damnés d’un autre âge
des monstres squelettiques
des gladiateurs en cage
qui sans combattre ni voler voient leur souffle
s’envoler
Dans les frissons d’une aube immonde
à l’instant suspendu
où se trahissent les promesses
elles tombent sur le sol
périssant piétinées
sans avoir entendu battre le coeur du monde