Virgile Elias Gehrig

Requiem pour Icare

samedi 8 mai 2010, par Virgile Elias Gehrig

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« Requiem pour Icare » est un poème tiré de la seconde section, Ventre des limbes, du recueil de Virgile Elias Gehrig à paraître prochainement à l’Age d’Homme sous le titre « Par la serrure du jour ».

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J’attends en marge de la page
dans les coulisses insoupçonnées
d’une moderne catacombe
dans la pénombre
sur le parvis usé d’un temple
où l’on chuchote
d’effroyables formules
au seuil de la cellule
où offerte tu dors…
j’attends seul
déjà orphelin des images
mensonges
sottes superstitions
depuis tout temps chassé loin du jardin céleste
promis par la parole
du plus ancien livre du monde
 
Seul sur le seuil
dans l’ombre du couloir
où les couleurs s’éteignent
se défigurent les visages
à mesure que se rapproche la frontière
du satané royaume
que tu t’apprêtes à pénétrer
d’où personne dit-on
jamais n’est revenu
je cherche en vain les mots à susurrer
au creux
de ton oreille
avant le regrettable adieu
la fin
l’ultime rime…
ces mots pourtant
à peine prononcés
déjà pourrissent
sans sève s’évaporent
laissant sur la pulpe des lèvres
seul le cristal de l’amertume
Sanglé de désarroi
le monstre aussitôt se réveille
et les mains tremblent
je n’ose même plus venir
tout contre toi
j’entrevois un morceau de visage
inoubliablement figé
cireux sous les lueurs
des chandelles défigurées
par le bruissement des prières
 
Ton visage entrevu
fermé les yeux de peur !
 
J’attends en marge
tout seul
dans l’inaudible cage
où se taisent les mots
J’attends seul
agenouillé
visage à terre
dans l’ombre bleu pâle de l’aube
où ton coeur a cessé
d’une seconde à l’autre
de battre
Ta respiration affolée
en sursis
comme avant l’orage
quand le ciel s’est maquillé de cendres
et que la terre brûle
de l’absence de vent
 
Ainsi attendais-je
ai-je ainsi attendu ?
 
Ainsi attendrai-je toujours
dans les frissons du jour naissant
et le silence hanté
d’une inutile fièvre
prière adressée à personne
que tu te lèves
comme autrefois Lazare
que tu marches jusqu’à ma chambre
que tu me prennes dans les bras
faisant entendre encor
tes battements de coeur
bandant mes yeux
ensorcelés d’angoisses
 
Mais tu dors.
 
Momifiée dans le marbre
de ce qui est perdu
on a déjà abattu l’arbre
de ton cercueil
 
On aurait tant souhaité
ce matin-là
qu’un rossignol s’échappe de tes lèvres
défiant la pesanteur
volant vers l’éternité blanche
où nous aurions éperdument rêvé
de vivre
 
Pourtant l’oiseau n’est rien
que l’ombre lourde
plombée
d’un aveugle désir
fruit pourri
de l’imagination
lambeaux
haillons
des rêves de l’enfance
Aphone et déplumé
ses ailes sont de cire
son ciel n’est que la page
où maintenant
j’écris
et te trahis
Je voudrais croire
je rêve
divague
j’aurais voulu savoir
te voir
je délire
j’entends plusieurs milliards de voix
et je déchire la page !

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