J’attends en marge de la pagedans les coulisses insoupçonnéesd’une moderne catacombedans la pénombresur le parvis usé d’un templeoù l’on chuchoted’effroyables formulesau seuil de la celluleoù offerte tu dors…j’attends seuldéjà orphelin des imagesmensongessottes superstitionsdepuis tout temps chassé loin du jardin célestepromis par la paroledu plus ancien livre du mondeSeul sur le seuildans l’ombre du couloiroù les couleurs s’éteignentse défigurent les visagesà mesure que se rapproche la frontièredu satané royaumeque tu t’apprêtes à pénétrerd’où personne dit-onjamais n’est revenuje cherche en vain les mots à susurrerau creuxde ton oreilleavant le regrettable adieula finl’ultime rime…ces mots pourtantà peine prononcésdéjà pourrissentsans sève s’évaporentlaissant sur la pulpe des lèvresseul le cristal de l’amertumeSanglé de désarroile monstre aussitôt se réveilleet les mains tremblentje n’ose même plus venirtout contre toij’entrevois un morceau de visageinoubliablement figécireux sous les lueursdes chandelles défiguréespar le bruissement des prièresTon visage entrevufermé les yeux de peur !J’attends en margetout seuldans l’inaudible cageoù se taisent les motsJ’attends seulagenouillévisage à terredans l’ombre bleu pâle de l’aubeoù ton coeur a cesséd’une seconde à l’autrede battreTa respiration affoléeen sursiscomme avant l’oragequand le ciel s’est maquillé de cendreset que la terre brûlede l’absence de ventAinsi attendais-jeai-je ainsi attendu ?Ainsi attendrai-je toujoursdans les frissons du jour naissantet le silence hantéd’une inutile fièvreprière adressée à personneque tu te lèvescomme autrefois Lazareque tu marches jusqu’à ma chambreque tu me prennes dans les brasfaisant entendre encortes battements de coeurbandant mes yeuxensorcelés d’angoissesMais tu dors.Momifiée dans le marbrede ce qui est perduon a déjà abattu l’arbrede ton cercueilOn aurait tant souhaitéce matin-làqu’un rossignol s’échappe de tes lèvresdéfiant la pesanteurvolant vers l’éternité blancheoù nous aurions éperdument rêvéde vivrePourtant l’oiseau n’est rienque l’ombre lourdeplombéed’un aveugle désirfruit pourride l’imaginationlambeauxhaillonsdes rêves de l’enfanceAphone et dépluméses ailes sont de cireson ciel n’est que la pageoù maintenantj’écriset te trahisJe voudrais croireje rêvedivaguej’aurais voulu savoirte voirje délirej’entends plusieurs milliards de voixet je déchire la page !


