Coup de chapeau

samedi 23 janvier 2010, par Marie Parvex

Enregistrer au format PDF
JPEG - 167.2 ko
Gustavo Frigerio et Marc Mayoraz, un duo face au groupe. Crédit photo : Graziella Antonini

Elle se place de dos et sa seule présence fait taire le public. Disposés en « u » sur la scène des halles, les spectateurs encerclent un plateau d’une blancheur immaculée. Une cloison transparente les sépare des sièges rouges vifs de la salle où des ombres attendent leur entrée en scène. Au terme de son monologue, la comédienne, Maureen Chiche-Mayoraz, leur ouvre la porte et s’en va.

Ils ont l’air irréels sur ce plateau blanc. Comme dans une bulle hors du monde, aucun élément ne parvient à raccrocher le spectateur à une réalité. Pas de lieu, pas de contexte, pas de justification. Jean-Pierre, Gustavo Frigerio, se tait et personne ne sait ce qui se cache derrière son expression de bouddha.

JPEG - 128 ko
Jean-Pierre, Gustavo Frigerio, se tait et personne ne sait ce qui se cache derrière son expression de bouddha. Crédit photo : Graziella Antonini

Face à lui, un homme, Marc Mayoraz, s’angoisse, s’énerve, justifie, croit deviner. Il tient brillamment ce rôle sans personnage, construit seulement autour de la tension psychologique du groupe. Il ébranle ou affronte la petite bande qui l’entoure parfois de loin, parfois de tout près. Ces cinq figures, interprétées par des comédiens valaisans, fonctionnent comme un ensemble organique en proie à une même tension. Ils interviennent peu mais accompagnent du corps, du regard ou d’un chœur de commentaires.

C’est un huit-clos presque sartrien qui oppresse ou amuse le spectateur. Pas un mouvement. Le public est prisonnier d’un drame poussé à l’extrême autour… D’un silence. Un instant qui se dilate ou une sombre machination ? La mise en scène d’Armand Deladoey laisse toutes les questions du texte en suspens, ne résout rien mais souligne. Aucun moment de flottement : les ruptures de rythme sont parfaitement maîtrisées et ne laisse jamais la tension se relâcher. Le travail de l’espace est conséquent. Chaque déplacement configure un dessin sur le plateau immaculé, exacerbe une intention.

JPEG - 100.8 ko
Le travail de l’espace est conséquent. Chaque déplacement configure un dessin sur le plateau immaculé, exacerbe une intention. Crédit photo : Graziella Antonini

« Le Silence » de Nathalie Sarraute observe avec mille finesses les interprétations, les relations, la communication entre les hommes. L’incroyable complexité des mots et le caractère totalement indéfini de ces rôles rendent le spectacle difficile et exigeant. Mais des costumes au jeu en passant par la mise en espace, c’est belle et aboutie. Les rôles principaux, habitués au travail d’Armand Deladoey, ont une aisance bluffante. Quant au groupe de Valaisans, indispensable écho de cette construction minutieuse, il remplit parfaitement son rôle même si pour certains c’est une première expérience de ce théâtre sans concession, extrême, haché et très technique.

Lire aussi notre reportage pendant la création : En marche vers le silence.

A voir encore le 23 et 24 janvier aux Halles, Sa à 20h 30 et Di à 17h.

Répondre à cet article