Dans l’œil du complot

mardi 11 mai 2010, par Marie Parvex

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Parallax View par la Cie CocoonDance. DR

« La théorie crée plus de connexions que d’informations », « Ce que l’on observe change selon le locus observandi ». Les petites phrases écrites par Bastien Fournier défilent sur un écran très haut au fond de la scène. Elles posent la trame, le suspense et la théorie liés au complot, thème de Parallax View, la dernière création de Rafaële Giovanola jouée aux Halles de Sierre ce week-end.

Sur scène : une femme qui court, un écran de télévision où défilent des images tournées dans une forêt, façon projet Blair Witch, et un cube blanc. Et les phrases de Bastien Fournier qui défilent trop vite et trop haut.

Le cube blanc entrouvre ses fenêtres, laisse apparaître des corps, des dialogues dont on manque toujours une partie, dissimulée derrière une paroi. Et toujours ces phrases qui défilent trop vite.

L’inquiétude du spectateur naît de ce qu’il croit manquer, de la réalité qui vient de lui échapper, d’un élément qu’il n’aurait pas eu le temps de voir… La dramaturgie experte nous pousse au coeur du mécanisme des théories du complot, l’imagination s’empare de ce qui nous échappe, des pièces manquantes au puzzle. Le public essaie de capter la réalité du spectacle qui se déroule sous ses yeux, il tente surtout de capter ce qu’on lui cache.

Petit à petit, le décor et le propos hyper-construit laissent place à une danse terrienne. Elle se passe au sol, la plupart du temps, où les corps rebondissent, chutent, claquent, tournent. Au lieu d’évoluer séparément, les membres sont devenus partie de la masse corporelle. Ayant perdu les limites de leur fonction première de déplacement ou de préhension, ils amortissent, propulsent une chair qui perd son humaine verticalité. Les corps sont constamment à la limite de leur possibilité physique entre chute et élévation. Pas d’arrêt, un mouvement en entraîne un autre dans un déséquilibre permanent qui dégage une esthétique brut et énergique où la forme a perdu de son importance. Une esthétique assez propre au courant qui se développe actuellement en Belgique et en Allemagne. Homme, femme ? C’est égal, chaque corps a conquis la même capacité virtuose.

Le plaisir du mouvement prime sur quoi que ce soit d’autre. Au moment où l’on commence à se demander où est passé le complot, une petite phrase de Bastien Fournier nous éclaire sur le sens des corps avant d’ajouter, perfide, que « la théorie crée plus de connexions que d’informations ». Suis-je prise la main dans le sac en train d’imaginer des rapports qui n’existent pas ? Le mystère plane sur Parallax View.

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