Dans les rues des pigeons parisiens

lundi 12 avril 2010, par Cécile Gavlak

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Dès jeudi, la compagnie lausannoise de L’Oranger répandra l’univers surréaliste de Raymond Queneau sur le plateau du théâtre Interface à Sion. « Courir les rues » est un spectacle intemporel dont les mots sont les héros.

courir les rues Le metteur en scène Laurent Gachoud accomplit avec « Courir les rues » un projet de longue date. Depuis 2008, sa compagnie de L’Oranger travaille sur ce spectacle. La tournée en Suisse romande et en France commence jeudi au théâtre Interface de Sion, où l’équipe de création travaille depuis la fin du mois de mars.

A partir d’une sélection de poèmes issus du recueil « Courir les rues », écrit par Raymond Queneau en 1967, le jeune metteur en scène a créé une suite de tableaux. Quatre comédiennes, effacées dans des costumes noirs, donnent vie à une multitude de personnages anonymes qui se succèdent. Parmi eux, des vieux parisiens aux touchants tremblements ponctuent le spectacle de leurs phrases insolites : « les mouches d’aujourd’hui ne sont plus les mêmes que les mouches d’autrefois (…) Elles se sentent menacées de génocide. » Puis, les actrices parviennent à recréer le flux de la foule de la capitale. Celle du métro. Celle qui défile à une vitesse abrutissante, n’ayant pas le temps de s’apercevoir de sa propre poésie. Pour rythmer ce défilé, la voix du chanteur Prince résonne dans le théâtre. Et devant les yeux du spectateur, le souterrain du métro parisien surgit.

Le spectacle est conduit par les quatre comédiennes professionnelles et talentueuses Flavie Marthaler, Stéphane Mösching, Anne Raemy et Sofia Verdon. Entre humour et poésie, « Courir les rues » berce le spectateur dans une atmosphère de vieux Paris, avec ses ponts majestueux, ses mythiques noms des rues, sa foule et ses fientes de pigeons. Car c’est du quotidien et de ses banalités dont parle l’auteur. Les volatiles ont une place primordiale. Les deux comédiennes Anne Raemy et Flavie Marthaler endossent d’ailleurs, un court instant, le rôle des pigeons avec des mimiques surprenantes : « Adieu Paris, je ne fienterai plus sur ton hôtel de ville », clament-elles. Puis, de la peinture blanche se déverse en goutte à goutte sur le plateau, rappelant les mauvaises surprises qui peuvent tomber du ciel.

Dans un décor minimaliste, les images se suivent, résonnent entre elles et se répondent. Une fresque peinte en direct, un étrange parapluie, l’œuf comme symbole de fragilité : la mise en scène de Laurent Gachoud est constituée d’images poétiques, inventées au fil de ses lectures répétées du recueil. Pour les mots, rien que les mots.

« Courir les rues », Compagnie de L’Oranger, du jeudi 15 au dimanche 18 avril, au théâtre Interface, Sion. www.theatreinterface.ch

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