Quand Natacha avait dix ans, elle avait le nez retroussé en trompette et plein de tâches de rousseur. Elle faisait de la danse au Conservatoire de Sion mais elle était plutôt dissipée. C’était le clown de service. Son corps n’était pas vraiment fait pour danser et, à l’époque, personne n’aurait parié sur elle.
Aujourd’hui elle a vingt-six ans. C’est une grande blonde mince et musclée. C’est surtout une artiste accomplie qui vient d’être engagée par une compagnie internationale, la cie Montalvo-Hervieu, basée à Paris. Tournée en Amérique du sud, en Chine, en Europe, plus de 130 dates sont déjà prévues. « J’allais arrêter de faire des auditions. Je n’avais plus d’argent et je pensais que ça ne marcherait pas », raconte Natacha Balet. Au moment de cette audition cruciale, elle était engagée à l’essai par un chorégraphe à Rouen. « J’avais décidé que je n’irai pas auditionner pour Montalvo. Et puis la veille de l’audition, le chorégraphe avec qui je travaillais m’a jetée dehors de la salle avec trois autres danseurs. Alors, sans y croire j’ai pris mon balluchon et je suis montée à Paris. »
Elue parmi 900 candidats
La jeune femme passera presque une semaine avec Montalvo parmi 900 candidats avant qu’il ne décide de l’accueillir pour deux ans au sein de sa troupe. « C’est la plus grosse audition que j’aie jamais faite. Mais Montalvo a fini par me dire que personne n’envisageait ce projet sans moi et que c’était une évidence que je devais faire partie de cette compagnie. » Elle est presque timide en disant ça et surtout morte de peur à l’idée de commencer lundi ce nouveau job, celui qu’elle attend depuis dix ans. Parce que Natacha est en Valais jusqu’à vendredi soir. Elle joue dans la pièce de Dorothée Franc : La blanchisserie ou l’essoreuse des rêves. Une reprise de rôle qu’elle a effectué en quelques semaines à peine et peut-être la dernière occasion de voir cette star montante jouer en Valais. Dès lundi, elle emménage dans son studio parisien pour démarrer les répétitions avec la compagnie Montalvo-Hervieu. Hip-hop, danse africaine, classique ou contemporaine, la troupe excelle dans l’art du métissage. Première en mai dans la capitale française.
« Si je suis arrivée là où j’en suis, je ne le dois qu’à moi-même » ajoute l’artiste. Elle s’est endettée pour financer des études de professeur de danse auxquelles personne ne croyait, elle a abandonné un poste tout confort une semaine avant la rentrée scolaire, courageusement et au mépris des conséquences pour satisfaire son rêve et essayer, encore, de devenir danseuse. Elle a bataillé contre son corps, l’a modelé, façonné. Et elle a gagné même si ce n’est pas sans douleur et que ce corps si jeune le lui fait déjà payer. Cette fois sa carrière est lancée.
Aujourd’hui, elle est une artiste posée, accomplie et sans complexe. Elle a trouvé son mouvement et sur scène elle est un corps libre et inspiré. Un vrai bonheur. Natacha Balet, le prochain prix culturel d’encouragement de l’Etat du Valais ?



