Il a découvert le contact improvisation un peu par hasard, « si le hasard existe. » Trois ans plus tard, à l’âge de 28 ans, Urs Stauffer a pris son balluchon pour aller réellement à la rencontre de cette technique. Première étape : Berlin. C’était il y a vingt ans.
Aujourd’hui, Urs Stauffer enseigne dans toute l’Europe. Il donne des stages aux amateurs, créé des performances, enseigne dans les plus grandes compagnies et les écoles professionnelles. Il vient régulièrement en Valais au Conservatoire de Martigny pour enseigner aux classes pré-professionnelles de danse. Ce week-end, il donnait un stage à Sion à des amateurs fidèles, présents presque chaque année.
Une forme en mouvement
Il n’existe pas de définition simple et figée du contact, Urs Stauffer préfère donc dire qu’il en existe autant de formes qu’il y a de personnes qui le pratiquent.
Le contact improvisation est, en principe, une forme à deux personnes. Elles sont en contact physique, ce qui leur permet de faire des mouvements qu’elles ne pourraient pas exécuter seules. Le terme « improvisation » est pour moi synonyme d’une recherche de solution au mouvement à l’instant même où un problème se pose. Tandis que le terme « contact » signifie que cette solution doit être trouvée au sein du duo, c’est-à-dire par les deux protagonistes ensemble.
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Cette forme de danse n’est donc pas conçue pour un public bien qu’elle soit très souvent utilisée dans des spectacles, notamment dans la danse contemporaine française.
Danser pour mieux comprendre sa vie
A de nombreuses occasions, le contact improvisation offre de véritables métaphores de notre lien à autrui et de notre organisation sociale. L’utilisation des mains en est peut-être l’exemple le plus flagrant. Les danseurs de contact ont souvent à leurs débuts le réflexe d’utiliser leur mains, soit pour modeler et positionner l’autre à leur convenance, soit pour s’ agripper à leur partenaire.
Je pense que c’est l’une des choses les plus difficiles à apprendre. C’est comme dans la vie. On ne peut pas changer l’autre, par contre on peut toujours travailler sur soi, même si cela est souvent plus délicat. De la même manière, on ne peut pas être dépendant d’autrui au point de s’y agripper. On doit pouvoir être responsable de sa propre masse physique.
Danser, un acte politique
Le contact improvisation a une dimension et un ancrage politique indéniable. Urs Stauffer raconte par exemple s’être fait invité à Chypre juste après la fin de la guerre civile. Ses cours devaient servir à rapprocher un peuple déchiré.
L’origine du mouvement dans les Etats-Unis d’après-guerre est aussi très fortement politisée. Steve Paxton, un danseur américain proche de Cunnigham, de John Cage ou encore de Anna Halprin, est considéré comme le premier à avoir pratiqué cette forme en 1972.
Il la décrit comme un mouvement anarchique, plus démocratique que la démocratie, parce qu’en contact il n’y a pas une majorité qui gagne et une minorité qui perd. Soit le duo fonctionne bien et tout le monde est gagnant, soit il ne fonctionne pas et tout le monde perd.
L’origine du mouvement est donc empreinte d’un idéal d’organisation sociale mais aussi de revendication contre le racisme ou pour les droits des homosexuels, par exemple. Les différents groupes qui pratiquent à travers le monde n’ont jamais souhaité s’organiser pour protéger cette forme de danse. Il n’ existe donc aucune règle écrite, ni aucun diplôme d’enseignant.
« Le contact-improvisation ne peut pas se pratiquer de la même manière dans tous les pays »
, ajoute Urs Stauffer. « Le rapport corps à corps est très dépendant des différents modèles de société. »
La technique évolue en fonction des pratiquants, de la société, de l’époque. Maurice Béjart, Pina Bausch, Merce Cunnigham sont aujourd’hui décédés. Steve Paxton a plus de septante ans. C’est la fin d’une génération fondatrice de la danse contemporaine actuelle. S’il n’y a pas de règles écrites au contact improvisation, il est sûr que Steve Paxton joue un rôle de référence morale. A sa mort, les fondements historiques du mouvement vont sans doute s’effacer encore plus.
Et le contact évolué vers de nouveaux horizons ?





