André Pignat, co-fondateur d’Interface, l’avait annoncé dans le Nouvelliste : des programmateurs français étaient attendus le week-end passé au Théâtre Interface pour l’avant-première de « L’Enfant de Saturne ». Samedi soir, ils étaient plusieurs à s’installer dans les gradins pour assister à ce spectacle qui, bien qu’il ait changé de titre, est une reformulation de « La légende dorée ». Après la représentation, la chargée de communication de la compagnie nous a donné les coordonnées de deux des programmateurs présents.
Le premier, Alain Leonard, nous a été présenté comme le « directeur pendant 27 ans du festival Off d’Avignon et directeur du festival théâtral du Val d’Oise ». Vérification faite, il a, en réalité, été directeur de l’association public Off du festival d’Avignon qui s’occupe d’informer le public sur le programme du Off. Il n’est pas non plus directeur de ce festival du Val d’Oise mais en est le président d’honneur. Erreur ou manipulation ? Alain Leonard est en tout cas très élogieux sur la compagnie sédunoise qu’il a découverte à Avignon l’an dernier. « Sous certains aspects leur spectacle est encore un peu vert et il faudrait resserrer certaines scènes, mais cela est tout à fait normal en avant-première. Et je leur fais totalement confiance puisque j’ai déjà vu de quoi ils sont capables. » Il promet de les recommander à l’un de ses amis qui gère le Festival In Situ de Carqueiranne. Spécialisé dans le théâtre classique et grand public, ce dernier est destiné à animer cette station balnéaire pendant la saison estivale. Par ailleurs, « L’Enfant de Saturne » est déjà programmé au Théâtre du Balcon pour le Off 2011.
Programmé à Chaville ?
Le second programmateur s’appelle Hervé Meudic, directeur du théâtre de Chaville situé dans la région parisienne. Une belle salle de 650 places, une programmation de quelques têtes d’affiches. C’est un théâtre qui ressemble sans doute au Martolet. Il se dit prêt à engager la compagnie pour 5000 euros et envisage de les inviter en résidence, notamment pour développer une œuvre jeune public. Pour Lorenzo Malaguerra, directeur du Crochetan, le « fait qu’Interface s’exporte est un bon signal pour le canton et pour les artistes valaisans ; ce qui est dommage, c’est que les Théâtres mentionnés font partie d’un réseau secondaire en France et qu’ils n’ont pas une programmation régulière de danse. »
Sion et le canton s’associent pour leur tournée
Se rendre à Avignon l’été, cela coûte cher. Parce que les salles du Off sont souvent disponibles en location. Ainsi André Pignat dit avoir dépensé 40’000 francs pour s’y rendre en 2009. Une tournée difficile à amortir… La compagnie bénéficie d’aides à la tournée fournies par l’Etat du Valais. Cette année, la ville de Sion a choisi pour la première fois de s’associer à ce soutien. La déléguée culturelle de la ville refuse de nous donner le montant de cette subvention avant la votation des budgets. Jacques Cordonier, chef du service de la culture, nous a lui indiqué que le canton soutenait la compagnie jusqu’à 30’000 francs maximum. Les conditions étant qu’elle joue dans le circuit professionnel, « pas dans un garage », et que le théâtre achète le spectacle. L’Etat donne alors un franc pour un franc payé par l’établissement qui reçoit Interface. « Cette possibilité de soutien existe pour toutes les compagnies pour autant que nous ayons soutenu leur création », précise Jacques Cordonier. Ainsi, pour se rendre à Chaville qui paie 5000 euros le spectacle, la compagnie toucherait en plus 7500 francs de l’Etat.
« De façon générale, la plupart des compagnies romandes que je reçois cette année n’ont, à ma connaissance, pas d’aide à la tournée », souligne Lorenzo Malaguerra. « La tournée est censée s’auto-financer. » A la lumière de la situation de la plupart des compagnies de danse romandes, le système valaisan paraît hyper luxueux pour les quelques troupes qui non seulement reçoivent chaque année 100’000 francs de ThéâtrePro pour leur création mais aussi un soutien à la tournée ensuite.


