« Nous avons mûri. »

mardi 6 septembre 2011, par Marie Parvex

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José-Manuel Ruiz et Michaël Abbet présentent leur quatrième saison conjointe au Petithéâtre de Sion. De septembre à décembre, ils proposent du théâtre contemporain avec une cohérence et une affirmation nouvelle.

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L’équipe du Petithéâtre au complet : José-Manuel Ruiz, Valentine Devanthéry (assistante en communication) et Michaël Abbet. DR

Cela fait quatre ans que vous co-dirigez le Petithéâtre de Sion. Aujourd’hui, un autre théâtre valaisan est aussi bicéphale puisque Les Halles de Sierre ont deux directeurs à temps partiel. Comment s’organise-t-on pour faire des choix de programmation à deux ?

José-Manuel Ruiz : Nous n’avons pas toujours les mêmes goûts mais c’est ce qui fait la richesse de cette collaboration. Nous n’avons pas fixé de règles. C’est surtout Michaël qui va voir les spectacles. Ensuite on discute et on se met d’accord sur le gros de la programmation. Si l’un de nous est totalement convaincu par un spectacle, on le prend et inversement. Il y a aussi un certain nombre d’évidences. Comme notre programmation est courte, nous devons faire des choix drastiques. S’il y avait un seul poste, on gagnerait du temps en séance mais cela ne veut pas dire que la programmation serait meilleure.

Michaël Abbet : C’est plus facile d’être deux en cas de doute. L’un peut servir de garde-fou à l’autre. Cela multiplie aussi notre réseau et permet de peser un projet avec deux appréciations différentes. Par exemple, José-Manuel a des compétences techniques pour évaluer la faisabilité d’un spectacle que je n’ai pas toujours.

Plusieurs spectacles qui étaient programmés chez vous l’année passée sont cette saison à l’affiche des Caves de Courten. Il y a « Per Ënkyé » de Pascal Viglino mais aussi « Troisième nuit de Walpurgis » mis en scène et joué par José Lillo. Comment le comprenez-vous ?

M.A : Les Caves de Courten ont choisi principalement de voir les spectacles avant de les présenter. « Per Ënkyé », par exemple, était en création chez nous. De mon point de vue, les compagnies ont davantage besoin du soutien des théâtres pour leur création parce que c’est à ce moment-là qu’il faut que l’on prenne un risque avec elles. En plus, elles n’ont pas toujours les moyens financiers de reprendre une création l’année suivante. Ceci dit, pour reprendre l’exemple de « Per Ënkyé » qui a été joué chez nous devant 200 personnes, il y a suffisamment de public sierrois (et même sédunois) qui n’a pas vu ce spectacle pour qu’il puisse être reprogrammé ailleurs.

C’est une forme de reconnaissance de votre travail ?

J-M.R : Moi ça me fait plaisir en tous cas ! Bien sûr ! Moins pour nous que pour les compagnies qui ont ainsi l’occasion de jouer plusieurs fois.

Cette demi-saison est axée théâtre exclusivement. Elle s’est ouverte sur un très gros coup puisque vous avez accueilli Valère Novarina. Vous enchaînez avec Geneviève Guhl, Erika Von Rosen, Lorenzo Malaguerra, Yan Walther… Pas de vaudeville, ni de comédie. Avez-vous décidé d’être moins éclectiques et de miser sur une ligne de programmation plus claire ?

M. A : Nous avons deux critères importants pour choisir un spectacle : son envie de tourner et la nécessité de son existence. Les places sont suffisamment comptées dans notre programmation pour que nous présentions des spectacles qui ont le projet de vivre et d’être joués ailleurs. Or ce n’est souvent pas le cas des compagnies locales qui montent une fois chaque deux ans un spectacle honorable, plus pour le plaisir d’être sur scène qu’avec l’ambition de le tourner. Ce fonctionnement entraîne aussi un problème qualitatif pour des troupes qui jouent somme toute assez peu. Quant à la nécessité d’un spectacle, elle tient le plus souvent à la motivation du metteur en scène : a-t-il une raison de monter ce spectacle-là, à ce moment-là ?

Votre campagne d’affichage a aussi été revisitée…

M. A. : Nous avons choisi de créer un design qui ne permet pas aux gens de se faire une idée du spectacle à partir de l’affiche pour qu’ils prennent plutôt la responsabilité de se renseigner sur la pièce, sur notre site internet par exemple. Nous voulons éviter que les spectateurs ne se déplacent que pour ce qui leur paraît familier. Les affiches désignent donc les spectacles de la saison en les numérotant par ordre de passage de 1 à 12. Nous sommes des graphistes qui n’avons rien à dire. Ce sont les comédiens qui ont quelque chose à exprimer. Cela nous permet aussi de mettre en avant l’identité du lieu plutôt que des metteurs en scène que les Valaisans ne connaissent pas.

Donc, il y a bien une cohérence plus affirmée ?

J-M. R. : C’est une cohérence qualitative. Nous programmons ce que nous aimons et que l’on ne voit pas partout. Le résultat d’ensemble comporte aussi une part de mystère. Son unité surgit parfois après-coup.

M.A. : Il ne faut pas chercher de cohérence extérieure. Ce sont effectivement nos goûts qui font l’unité de notre programmation. Je pense qu’il y a aussi une question de maturation dans l’évolution de notre travail. Nous avons aujourd’hui une expérience que nous n’avions pas il y a quatre ans.

L’an dernier vous avez entamé, avec un certain succès, une campagne pour séduire les collégiens sédunois avec des billets gratuits. Continuez-vous sur cette lancée ?

M.A : Oui. Les collégiens du Valais romand (puisque nous y avons inclus cette année le collège de Saint-Maurice) auront toujours droit à une entrée gratuite par année. Mais nous proposons aussi une nouveauté cette saison en collaboration avec le Crochetan. C’est un abonnement à 100.- pour les moins de 21 ans qui leur donne accès à tous les spectacles du Crochetan et du Petithéâtre. Cela revient à 1,70.- la place si l’abonné assiste à tous les spectacles.

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