Elle est toute jeune et toute fine. L’anti-thèse absolue du cliché de la chanteuse d’opéra. Et pourtant, la voix qui sort de cette jeune fille est impressionnante. Avec une musicalité et une finesse presque miraculeuse pour ses vingt ans, elle fait danser les notes de Mozart. Elle sait donner l’accent juste à la musique pour qu’elle prenne sens. Estelle Poscio est sans aucun doute le coup de cœur de ce Don Giovanni de Mozart, joué à la Ferme Asile par Ouverture Opéra. Elle interprète une Zerlina, paysanne convoitée par Don Juan, vive, aguicheuse, sensuelle ou effrayée.
Honneur aux femmes
Les autres femmes de l’histoire, Donna Elvira (Laure Barras) -la femme en colère trompée par Don Juan- et Donna Anna – personnage éploré et dramatique depuis que le séducteur a tué son père- sont aussi remarquables par leur qualité musicale. Loin d’être des rôles secondaires qui entourent le héros, la dramaturgie de Mozart laisse une place-clé aux femmes de Don Juan. Le séducteur devient le centre névralgique autour duquel se créé l’action. Il est un caractère mythique, presque le prétexte pour explorer plutôt les émotions qu’il provoque. Stéphane Karlen en donne cependant une interprétation à une seule facette : celle du personnage vil et hypocrite auquel il manque le charme et le mystère qui fait fondre la gente féminine.
Un Don Juan contemporain
La jeunesse et l’enthousiasme des chanteurs n’offre évidemment pas toujours la parfaite assurance des stars mais permet une mise en scène dynamique, humoristique. Personne ici n’a peur de sauter sur une table, de danser ou encore de porter quelqu’un en chantant. L’absence d’orchestre, seul un piano ou un clavecin accompagne les solistes, donne une grande liberté de mise en scène puisqu’il n’y a pas de chef à suivre. Ainsi, Julie Beauvais ose placer à plusieurs reprises les chanteurs dos au public. Ce qui n’est pas toujours idéal pour l’acoustique mais paraît presque nécessaire sur cette scène toute en profondeur. Pour tout décor, elle a choisi des cordes rouges et des tables rectangulaires. Lieu de banquet, obstacles pour acculer Don Juan ou parois pour se dissimuler, en changeant de position, elles modifient très simplement la structure et la signification de l’espace.
Pas de costume d’époque, de la vidéo et une interprétation assez crue des rapports physiques entre les personnages, Julie Beauvais amène cet opéra du XVIIIe dans une époque contemporaine. Elle a même tatoué Leporello, le serviteur de Don Juan, sur tout le corps avec les noms des milliers de conquêtes de son maître. Ce qui donne lieu à des scènes cocasses qui soulignent l’humour de la partition de Mozart, mise en valeur par l’aisance physique de Frédéric Moix. Malgré une introduction vidéo qui met en lumière une tentative de psychanalyser le personnage et notamment le rapport ambigu qu’il aurait pu avoir avec sa mère, la mise en scène ne parvient pas à offrir une véritable lecture de l’oeuvre. La réussite du spectacle repose avant tout sur la fougue et le talent de ses interprètes.
Et sur Canal9, critique en direct pendant L.E.D


