Voyage dans les années 50

vendredi 7 mai 2010, par Marie Parvex

Enregistrer au format PDF

La compagnie New-yorkaise de Modern Dance José Limon était au Crochetan jeudi soir dans le cadre de STEPS. Un périple aux sources du mouvement d’aujourd’hui.

JPEG - 99.3 ko
« There is a time », 1956, une chorégraphie de José Limon. Elève de Doris Humphrey, il est décédé en 1972.

Hommes et femmes sont scrupuleusement rangés en cercle et en alternance. Jupes amples aux couleurs en dégradé pour elles, pantalon pour eux. Le cercle oscille de droite et de gauche, les danseurs se hissent sur leur demi-pointes regards tendus vers le haut, poitrine ouverte. Puis le cercle se sépare, les solos, les groupes se succèdent avant que la circularité ne se reconstitue pour clore « There is a Time », chorégraphié par José Limon en 1956. Dans la salle du Crochetan jeudi soir, les adolescentes pouffent régulièrement. C’est que ces corps-là ne sont plus vraiment les nôtres. Les costumes paraissent totalement démodés, les expressions maniérées, la structure hyper-prévisible.

Assister à la représentation de la compagnie new-yorkaise José Limon, c’est assister à une démonstration vivante de l’histoire de la danse. Ce qui nous paraît aujourd’hui être complètement terni est en fait l’origine du mouvement contemporain. Limon, aux côtés de Doris Humphrey, représente l’une des voies majeures de ce courant naissant en Amérique au début du Xxe siècle. Les corps se courbent faisant exploser le carcan classique, les jambes se tournent en dedans et l’abdomen mu par la respiration devient la source du mouvement. Les danseurs font preuve d’une belle concentration pour tenter d’atteindre la pureté du geste cherché par Limon, le bon arrondi des bras, la juste mobilisation du dos. La recherche d’une lointaine transcendance semble habiter le cœur des mouvements et des regards qui se tendent à chaque instant vers le ciel.

Depuis, la danse a conquis la terre. Elle s’y est enfoncée encore plus que ce que Doris Humphrey n’avait permis, a exploité le sol comme support et partenaire. Les corps se sont libérés toujours plus des formes pour devenir des virtuoses aux gestes bruts. L’espace s’est destructuré, diversifié. Les thèmes et propos de la danse se sont complexifiés. La liste est si longue que l’on a l’impression de pratiquer aujourd’hui une autre danse alors que Limon et Graham sont les techniques de base enseignées aujourd’hui dans les écoles. Le mouvement avance vite, il ne s’est écoulé que 55 ans depuis « There is a Time » et cette esthétique fait rire les ados d’aujourd’hui. C’est sans doute le propre d’un art jeune, aspiré par une soif de nouveauté. Un art dont l’histoire dessine celle du corps dans une société qui en un seul siècle a connu la contraception, la libération sexuelle, la quête de l’égalité des sexes, la chirurgie esthétique, des prolongements électroniques, l’assistance par des machines…

C’est tout l’intérêt de cette soirée organisée au Crochetan dans le cadre du festival STEPS : regarder en arrière et mesurer la conquête.

Répondre à cet article