L’article consacré à la peinture de fresques monumentales sur 14 barrages valaisans mérite débat. Pour moi, le beau émane du vrai. Quand il s’agit d’un barrage, il n’y a pas plus vrai que son apparence de béton. Tels qu’ils sont, nos barrages s’inscrivent dans une esthétique aujourd’hui ancrée dans nos valeurs.
En soi, l’idée folle de les peindre est un projet digne d’attention, mais il y a lieu de bien débattre au préalable. Une intervention aussi puissante définira de nouvelles valeurs esthétiques, une nouvelle image du canton. Or, l’invention de l’imprimante à barrages est tellement géniale qu’elle recale au second plan le concept esthétique.
Soyons conscients que quand le robot aura fait son travail, ce qui nous restera ce sera la nouvelle perception des barrages, et sait-on pour combien de temps ? Le Valais regorge d’artistes de valeur et de réseaux d’artistes d’ailleurs. Il possède des lieux qui s’investissent dans l’art contemporain, des musées de premier plan et une Haute Ecole d’arts visuels. Il serait parfaitement inconvenant et dommageable de se priver de leur capacité de création et d’un véritable travail artistique, au profit d’un « art pharaonique » qui n’est pas de l’art, mais de l’épate décorative à coup de jocondes et de gouttes d’eau.
Le concepteur Yvan Forclaz veut une « gigantesque galerie d’art à ciel ouvert ». Bravo : mais qu’il s’en réfère alors à l’avis qu’il a demandé à Georges Pfründer (sur www.damtrix.ch ) « La possibilité d’intervenir comme artiste sur les barrages ouvre une perspective à la fois extraordinaire et vertigineuse. Comment la rendre effective sans tomber dans l’anecdotique ou pire encore, dans la démarche publicitaire ? » L’ancien directeur de l’ECAV ajoute que des conditions préalables demandent à être posées et respectées, notamment la réversibilité de l’acte, le respect du lieu et celui de la matière du barrage. Cela ne ressort hélas pas du projet présenté.
L’occasion est rêvée de prendre en compte avec plus de sérieux l’art comme un élément d’attractivité de notre région. Sinon, qu’on nous laisse la beauté brute et parlante du béton. Roland Sprenger

