La Ville de Sion et maintes autorités cantonales ont inauguré la semaine dernière la nouvelle place Maurice Zermatten sise au sommet de la rue des Châteaux. Né il y a 100 ans, Maurice Zermatten a eu droit à un titre dans la presse cantonale : « Prophète en son pays ». Autrefois sans doute, dans les années 50 ou 60. Qui lit encore Maurice Zermatten aujourd’hui ? Ne levez pas tous la main en même temps. Ni à l’école, ni au collège, ni dans les rédactions. L’univers de Maurice Zermatten ne représente plus grand chose aujourd’hui. Certes, ses idées, dans la ligne de la droite valaisanne conservatrice et autoritaire, n’ont pas disparues et reprennent du poil de la bête avec l’UDC et consorts. Mais, à l’univers de l’écrivain valaisan, les jeunes réactionnaires d’aujourd’hui préfèrent celui d’Internet. Où l’on appelle un chat un chat.
Au sujet de Maurice Zermatten, l’écrivain Jérôme Meisoz évoque, après les années romanesques, les « rigidités conservatrices qui l’ont caractérisé plus tard : l’affaire du livret de la défense civile, les ouvrages de commande lourdement patriotes, les amitiés de droite, tout ce côté famille-travail-patrie qui a fait de lui, après coup, un écrivain sans héritier possible dans un Valais en route, bon gré mal gré, pour la modernité…. »
Sur le plan littéraire, c’est vrai. Le roman chrétien rural à thème pour l’édification des populations de village n’aura pas d’héritier. Cela dit Maurice Zermatten laisse un héritier et une héritière. Le premier, Jean Zermatten, s’est consacré aux droits de l’enfant. Il a mis de l’eau dans le vin de son père au sujet des vertus de l’éducation autoritaire et patriarcale. La seconde, Françoise Berclaz, tient la librairie la plus dynamique de Sion, point de convergence des lettres valaisannes et d’ailleurs. Deux héritages qui valent mieux sans doute que le baptême un peu anachronique de la place des Châteaux.

