Les mâchoires de l’administration restent silencieuses. Je ne serai pas broyée avant la Pâques. Chaque mois, il y a cette épreuve des recherches d’emploi, épreuve parce que c’est le moment d’être dynamique et sûre de soi mais que c’est ce qu’il y a de plus déprimant au monde… J’ai eu des entretiens d’embauche. J’ai trouvé du travail un week-end par mois. Pourtant pendant l’entrevue on m’a dit que mon dossier était d’excellente qualité pour une telle entreprise. Un week-end par mois, c’est mieux que rien mais pas suffisant pour dire au revoir à la machine administrative.
On m’a offert un autre poste, sous-payé avec d’importants trajets et d’énormes responsabilités. Ou des mandats, rares mais très bien payés. Je dois choisir. D’un côté mon rêve d’être journaliste dans un contexte miséreux et sans aucun moyen, de l’autre des locaux rutilants et une équipe de choc où j’apprendrai plein de choses.
Pourtant, j’ai appris il y a deux semaines que je fais partie des douze meilleurs journalistes de mon année d’étude. Je ne suis donc pas une bobette, c’est déjà ça. Et pourtant, Dieu que j’ai du mal à trouver ma place dans ce monde.
J’ai de la chance dans un sens. Je vis simplement, je n’ai pas besoin de beaucoup d’argent. Et pis, le travail n’a jamais été le support de mon identité. Je peux vivre sans travailler mais il faudrait que je gagne au loto !
Depuis mon inscription au chômage, je n’ai pas eu une minute à moi. Je m’échine à faire des petits boulots indépendants, des piges et autres travaux payés au lance-pierre histoire de rester visible sur le marché. Mais le marché licencie. Pour chaque offre d’emploi parue dans les journaux, il y a plus de cent personnes avec plus d’expérience que moi qui se présentent. Ma candidature ne retient l’attention que des gens qui me connaissent, autrement dit les recherches d’emploi traditionnelles ne servent à rien. Enfin si. Elles servent à recevoir l’argent du mois ! Quand je perds courage, j’essaie de retrouver en moi l’essence de la vie, celle qui n’a rien à voir avec notre manière de la gagner.

